De l’enchantement d’avoir passé 3 jours à Tolède : une immersion dans le Moyen-Âge.
En descendant du TGV venant de Madrid, une solide averse nous accueille à la curieuse gare de style mudéjar de Tolède . Nous prenons notre courage à deux mains et nous nous lançons sous La pluie vers le pont d’Alcantara, passons la porte dans la muraille d’origine arabe suivie de son corridor en chicane comme nous avons déjà vu à Alarcos et Calatrava la Vieja. Il faut ensuite monter dans un dédale de ruelles et d’escalier qui finit par déboucher face à face Cervantes. Celui-ci préside devant l’arc de la Sangre qui débouche sur la place Zocodover point de ralliement de la population de Tolède.

entrée en chicane

Cervantes

La porte de la Sangre
De là rayonne un labyrinthe de ruelles toutes aussi étroites les unes que les autres ne laissant à peine passer la lumière et qui en s’imaginant, laissait passer de justesse, entre le faîte des toits, le pic de notre chevalier monté à cheval. Vous découvrirez d’ailleurs dans les petites boutiques toute la panoplie du bon chevalier.
Tolède fut la capitale de l’Espagne sous les Wisigoths. Ceux-ci de religion arienne ne voulant pas se convertir au christianisme, tenaient régulièrement des conciles dans l’église San Roman actuellement convertie en musée de la culture wisigothe. C’est le miracle de saint Ildefonso qui réussit de les convaincre à se convertir: La vierge revêt les épaules du saint de l’étole d’évêque : cette image nous la verrons un peu partout à Tolède.
Ne manquez pas d’aller visiter la maison du sculpteur Victorio Macho. De la terrasse où sont exposées quelques unes de ses œuvres, nous surplombons le Tage qui gronde dans de gorges profondes puis coule sous le pont Saint Martin. Dans la pièce principale sont exposés les apôtre peints par El Greco et récemment restaurés : ils sont poignants de vérité.
Tolède se découvre à pied, les monuments étant disséminés un peu partout dans la ville. Poussez les portes des églises, il n’y est pas rare d’y découvrir une fresque de El Greco, la plus connue étant l’enterrement du comte d’Orgaz à San Tome.
La cathédrale est en soi un univers et une source inépuisable en chefs d’œuvres : on pourrait facilement y passer une journée mais j’ai une préférence pour la simplicité des églises romanes mozarabes. J’ai trouvé l’église Saint Jacques particulièrement belle à l’entrée de la ville.
Nous logeons à Los Cigarrales : quartier de villa résidentielles de l’autre coté du Tage. Celles-ci ont été construites au 18ième siècle dans des jardins d’oliviers par la belle société de Tolède pour y prendre le frais et se divertir. Quel enchantement, chaque soir de pouvoir contempler de notre terrasse la ville posée comme une tiare monumentale au milieu des enfers, là en contre –jour s’enfoncer rapidement dans une nuit violette.
Je vous recommande la promenade qui part des Cigarrales, passe par le parador, descend au pont d’Alcantara puis suit le chemin écologique du Tage : les vues sont superbes et le Tage y dévoile tous ses charmes.
La pluie est nouveau au rendez-vous, départ pour Tolède
Ce matin, le ciel gris, ne nous présage rien de bon. Il commence déjà à tomber une petite bruine. La météo prédit 3 jours de mauvais temps sauf pour les canards. On en a assez des pieds crottés et de la grêle et nous décidons de rentrer plus tôt à Tolède où nous aurons beaucoup à visiter a l’abris de la pluie. Nous prenons le premier bus qui nous conduit, et oui ironie du sort, à Alcazar de San Juan où nous pourrons prendre le train pour Madrid.
Nous avons un petit pincement de cœur en apercevant Villacanas, au pied de ses moulins. Nous devions y loger ce soir. L’étape, plus longue que les autres jours, passait le long des lagunes de Villafranca, del Taray et de Tirez très intéressantes pour l’observation des oiseaux.
Cartes :713 II, 687 IV, 697 II
Logement :Hôtel Europa
A partir de Villacanas, nous devions suivre le chemin de Saint Jacques du sud-est 2 d’Albacete à Tolède dont j’avais trouvé l’itinéraire traduit en français sur internet www.amigosdelcamino.com. La première étape était Tembleque avec sa place de l’ordre de Saint Jean du 15ème siècle, la plus belle de la Mancha

La place de Tembleque

Portique de la place de Tembleque
Cartes :687 II, 687I,659 III.
Logement : Hôtel avda Andalucia
Puis nous devions atteindre Mora en passant par le château de Penas Negra d’origine arabe d’où on jouit d’une vue panoramique sur le village et sa mer d’oliviers.

Le château de Mora

La mer d'oliviers

La mairie de Mora
Cartes: 686 I, 658 III, 658 IV
Logement : Pension Los Conejos
De Mora, nous avions décidé de prendre le bus pour Almonacid de Tolède. Cela devait être notre dernière étape qui nous conduisait au quartier des Cigarales de Tolède, notre point de chute pour visiter Tolède. Pour celui qui veut faire la randonnée complètement, je conseille de faire le détour par Orgaz, ce petit hameau vaut la peine d’être visité. Comme vous rallongez le trajet vous devez prevoir une halte à Nambroca où il y a moyen de loger.

Le château

Le pont inutile

Entrée de la ville d'Orgaz
Randonnée très agréable que nous parcourrons dans quelques jours quand le temps sera plus clément en prenant le bus à Tolède. Il nous fait découvrir le château arabe d’Almonacid de Tolède, l’ermitage bucolique de Santa Lucia et le village de Burguillos de Tolède. Le seul revers à la médaille, à la sortie du village, est qu’il faut traverser un immense lotissement de villas toutes identiques construites à la va vite sans aucun souci d’isolation ou d’économie d’énergie. C’est ce qu’ils appellent des urbanisations. La fin du chemin est superbe : il débouche au sommet des Cigarrales d’où nous pouvons contempler Tolède à nos pieds.

La collégiale de Orgaz


La forteresse d'almonacid de Tolède
Cartes :658 I, 657 II, 629 III, 629 IV…
Logement :Los Cigarrales
De Campo de Criptana à Alcazar de San Juan et du désenchantement de cette ville bourrée de tags.
L’étape est assez courte, d’autant plus que nous prenons le chemin le plus court. Le chemin de Don Quichotte fait une boucle plus large et passe par la colline des moulins appelé belvédère de la Mancha. Les abords de la ville sont peu engageants : les poubelles sont jetées là pêle-mêle au pied de la colline des moulins. La ville est complètement barbouillée de tags même sur la belle façade de l’hôtel Santa Clara relativement onéreux par rapport à ce que nous avons déjà vu.
Comme le temps n’est pas engageant, nous n’irons pas au sommet de la colline voir les moulins. En fin d’après-midi, nous profitons d’un spectacle de marionnettes. Le marionnettiste joue avec beaucoup de finesse un spectacle de cirque : le jeu aérien de la trapéziste est exceptionnel.
Cartes :714 III, 713 IV
De Mota à El Toboso et de l’enchantement de ce petit village.

Le restaurant La Noria

Casa la Torre, le patio

Casa de la Torre
Nous retrouvons la ruta de Don Quichote sans problème : il traverse l’autoroute, passe à coté des mines. Le reste du chemin se fait sans histoire dans la campagne.
Nous arrivons suffisamment tôt à El Toboso pour pouvoir dîner au restaurant « Meson la Noria » à coté de la maison de la Dulcinée. Le repas copieux est un régale. Leur agneau (cordero) a un goût et une tendresse incomparable par rapport à celui en Belgique
El Toboso n’est pas un si petit village : la monumentale église de Saint Antoine du XVIIème siècle, deux couvents imposants et la maison de Dulcinée,Dame des pensées de Don Quichotte, est une maison seigneuriale. Dans cette maison, le rez-de-chaussée était destiné aux communs :la cuisine, un énorme pigeonnier, le moulin à huile et le gigantesque pressoir. L’étage comportait successivement: la salle de séjour, la chambre du seigneur qui s’occupait de la gestion de ses domaines et de la guerre, et en dernier lieu celle de l’épouse dont les activités se limitaient à la broderie et aux enfants.
Le couvent de la Trinité du XVIIème siècle impressionne par son austérité. Il abrite un musée de peinture de l’école espagnole de la même époque.
Le petit musée de Cervantes abrite des éditions de Don Quichotte de tous les pays du monde entre autre une édition japonaise avec ses dessins. J’ai remarqué aussi une édition illustrée par Dali.
A proximité du couvent des franciscains de l’époque renaissance du XVIème siècle, un charmant jardinet avec la statue du poète frederico Garcia Lorca qui a dirigé une troupe ambulante qui interprétait des intermèdes de Cervantes.
La « Casa de la Torre » où nous logeons est une superbe maison traditionnelle meublée avec beaucoup de gout avec des meubles régionaux d’époque. A l’intérieur, le patio récolte les eaux de pluie, comme dans une maison romaine, il est entouré de galeries et de corridors avec des colonnes de pierre et de bois. C’est dans cette demeure que fut créé l’opéra de Dulcinée del Toboso par Luis Tierro Jimenes.
Carte 714 II,:688 IV
D’une journée charnière pour atteindre Belmonte deuxième partie de notre trajet
Ce matin, il pleut tellement que nous n’avons pas le courage de visiter Puerto Lapice. Il avait cette fameuse auberge où Don Quichotte se serait fait intronisé chevalier par l’aubergiste qu’il prenait pour un châtelain. Face à l’arrêt du bus , nous admirons une superbe galerie sur la place qui semble avoir quelque chose de commun avec le Coral de comedias de Almagro
Arrivés à Alcazar de San Juan, nous nous rendons compte que le bus de Belmonte ne part qu’à 19H15. Nous avons toute la journée devant nous pour visiter Alcazar. Nous faisons tout d’abord une petite halte au musée où sont exposées les mosaïques d’une villa romaine : frises géométriques dans les nuances ocres très harmonieuses. La ville est sens dessous à cause de la ferria de los sabores qui aura lieu ce weekend : foire commerciale très importante pour faire connaître leurs produits artisanaux.
Dépités, nous décidons de nous rendre à l’hôtel Santa Clara qui n’a pas répondu à notre lettre de réservation. Le maître d’hôtel semble nous regarder de haut et nous dit qu’il doit s’enquérir auprès de son directeur. Jean Luc, vexé hausse le ton en anglais. Les choses finissent par s’arranger et après s’être excusé, il nous réserve même une table de l’autre coté de la ville : le restaurant « la Tinaja » où nous avons mangé un rôti d’agneau de lait, spécialité de la maison, divinement bien préparé.
Après ce copieux repas, nous retournons au centre ville. Au passage, nous contemplons quelques façades modernistes qui ont résisté au temps. Nous avons l’intention de passer par la poste pour poster nos cartes. Là aussi, c’est la pagaille, l’ordinateur est en panne et il n’y a pas moyen d’obtenir de timbres. Après avoir passé le reste de la journée à des futilités, il est déjà l’heure d’aller prendre notre bus pour Belmonte.
Le trajet dure une heure. A l’arrivée la pluie est au rendez-vous et nous nous hâtons de nous rendre à notre hôtel « El Palacio de la buena vista », confortable demeure typique de la région

patio de l'hôtel El palacio de la buena vista
A peine arrivés à Madrid par le train couchette, nous sautons dans le TGV (en espagnol AVE) qui nous conduit à Cuidad Real. Le soleil est radieux et nous avons tout le temps devant nous pour nous rendre à Alarcos à 7 Km de Cuidad Real sur la rive gauche du rio Guadiana. Un chemin champêtre passe derrière les urbanisations de Cuidad Real, longe les mines de basalte puis nous monte à Alarcos.
L’endroit fut occupé par l’homme dès l’âge du bronze et connut deux périodes de splendeur : une à l’époque des Ibères et l’autre au Moyen Age. Les fouilles archéologiques qui se déroulent depuis 1984 ont permis de mettre à jour une partie de la cité ibère, le périmètre extérieur du château et une grande partie de la muraille médiévale au pied de laquelle on a découvert une fosse commune. Elle contenait les restes de la bataille sanglante qui en 1195 opposa les musulmans aux chrétiens qui pris au piège y furent massacrés. Après la bataille, la cité fut occupée par les Almohades pendant 17 ans. Après la reconquête, les tentatives de repeuplement furent vaines, la ville étant considérée comme maudite et c’est pour cette raison que le roi Alphonse X fonda Cuidad Real en 1255. L’ermitage gothique du 14ième siècle reste un témoin silencieux et un rappel posthume de l’échec du projet urbain.

La mine de basalte

Alarcos

Le champ de bataille

L'ermitage de Alarcos

Vue

Détail
Nous nous hâtons de visiter les lieux car comme par enchantement de sombres nuages envahissent le ciel rendant l’endroit encore plus impressionnant. Heureusement sur le chemin de retour, un espagnol nous ayant vu dans les ruines nous prend en stop, sans lui nous serions rentrés à Cuidad Real complètement rincés.
La pluie s’étant arrêtée, nous visitons Cuidad Real : sa cathédrale, anciennement la basilique de Santa Maria del Prado fondée par les ordres militaires, en face la maison du XVIème siècle de Herman Perez del Pulgar dont les exploits dans le prise de Grenade furent relatés dans de nombreuses romances, la plaza Mayor avec l’hôtel de ville construit en 1977 dans un style très audacieux ,l’église gothique de San Pedro et la porte de Tolède de style mudéjar dernier vestige de ses anciennes murailles de 4 ,5 Km de périmètre . Nous aurions pu encore visiter le musée provincial et l’église de Santiago, la plus ancienne mais tout était déjà fermé.Carte 784 II

La cathédrale

La maison d'Herman Perez

La statue d'Alphonse le Sage

L'hôtel de ville

La porte de Tolède

L'église San Pedro






















